Journalisme : Source ? Quelle est ta source ?

Depuis la mi-décembre, beaucoup de tunisiens (en Tunisie ou à l’étranger) se sont confrontés à ce constat des pratiques numériques (mais pas que) : qualifier une source d’information. Entre rumeurs, propagandes, désinformation, contre-information, mésinformation, contre-vérité, affirmation et démenti…le citoyen et l’internaute tunisien (certains en tout cas) est comme une balle de ping-pong.

Pour amortir alors le choc et l’incapacité (temporaire, probablement) de décrypter, analyser et comprendre une situation, il est alors facile pour certains de faire appel aux théories de conspiration ou de complot, histoire de se « rassurer » et contre-carrer le poids du mensonge.

Ainsi, quelques exemples typiques peuvent matérialiser cette situation de brouillard et de flou informationnel.

Dans un entretien accordé au journal La Presse en date du 8 mai, Yadh Ben Achour précise qu’il est « très probable » que les élections de la constituante soient reportées. Cette probabilité devient alors une affirmation et une confirmation dans le titre de l’article même « Report de la date des élections« . Nous sommes ici face à un cas de déformation de propos d’une source humaine « de confiance » étant donnée son expertise et son historique. Cette déformation a donc fait l’objet d’un rectificatif dans un second article en date du 9 mai, soit un jour après la publication de l’entretien. Donc, même si la source principale, d’origine est fiable, la source ayant publié ses propos a fait preuve d’un manque de professionnalisme et de rigueur. Qu’il soit volontaire, recherché, préméditée, pour des questions d’audience, de primeur, de scoop ou d’influence, ce n’est pas l’objet de mon article.

Iran

Deuxième exemple : la qualification d’images anciennes d’évènements étrangers comme étant des images d’actions ayant eu lieu en Tunisie. Cette photo par exemple, a été partagée des milliers de fois, faisant croire à beaucoup d’internautes qu’il s’agit d’une agression policière sur l’Avenue H.Bourguiba en Tunisie. Que nenni. Il s’agit en effet d’une image prise en juin 2009 suite aux répressions relatives aux élections présidentielles en Iran, par un photographe de l’agence STR/AFP.

Des outils comme TinEye permettent à tout un chacun de vérifier si une photo est originale ou a été « retravaillée » ou encore usurpée.

 

Troisième exemple : Dans une interview accordée à la radio Express FM, le Secrétaire d’Etat Slim Amamou (Slim404) évoque la question de la démission en précisant que les alternatives de démission ou de limogeage ne sont pas à exclure et que sa mission prend fin. En d’autres termes, aucune confirmation de démission ou de limogeage du Secrétaire d’Etat.

Un site en ligne, Webdo.tn, confirme alors la démission et rajoute une couche sur la présence présumée d’un gouvernement de l’ombre. Ce dernier élément se base, selon les dires du Managing Editor du site, sur la confirmation donnée par deux responsables internes de la radio et sur une capture d’écran faite sur le site de ladite radio avant qu’il soit modifié. Il confirme par ailleurs, que la bande son de l’interview a été modifiée pour supprimer le passage relatif aux propos de Slim Amamou, sans pour autant en apporter la preuve.

Sur Twitter, la communauté tunisienne s’enflamme en un quart de tour, et pour beaucoup d’entre eux, remettent en cause la qualité et la fiabilité de la source numérique Webdo.tn. Il s’agit ici d’un nouveau cas de déformation de propos, ne faisant que rajouter de l’incertitude, de l’instabilité et du cafouillage dans les esprits. Ceci a nécessité l’intervention rapide de Slim Amamou sur son compte Twitter, en mode pompier, pour infirmer les propos de Webdo.tn, laquelle manoeuvre relevait d’une certaine précipitation puisque faite dans un français porteur de confusion : « Je confirme l’existence d’aucun gouvernement de l’ombre« . Par ailleurs, il est à noter la confusion faite entre source, relais et canal puisque Twitter, Animateur Radio, Responsable Radio, Site Web sont au même niveau. Webdo.tn a apporté sa version des faits dans un deuxième article publié le jour même.

Un autre exemple flagrant, et témoignant de la facilité avec laquelle certains individus traitent l’information pour tomber dans le sensationnalisme est l’article publié par Assabil Online, sur l’arrestation présumée d’un certain Khaled Ayari. L’auteur de l’article (j’évite l’usage du terme journaliste!) confirme que son information provient de la famille de son frère, Yassine Ayari. Or ce dernier, infirme et nie catégoriquement ces propos, étant donné que dans sa famille, il n’y a aucun Khaled.

Enfin, le Ministère du commerce tunisien s’appuie sur la TAP pour présenter des résultats chiffrés des exportations tunisiennes vers la Libye. On se demande comment, une entité et institution telle le Ministère du Commerce s’appuie sur les dires et les données d’une agence de presse, alors qu’elle est censée être la productrice de ce type de données ?

Donc, oui, une source d’information n’est jamais fiable et viable dans l’absolu. Qu’elle soit primaire ou secondaire. La propagation et la diffusion ainsi que la re-distribution d’informations sans recoupement ni vérification initiale des faits, constitue une nouvelle menace de la crédibilité individuelle et collective, des internautes, des professionnels de l’information et des citoyens. La qualité des sources ne s’auto-proclame pas, elle demande du temps, beaucoup de temps.

Article écrit par @MoiJeMoiJe

Illustrations heathbrandon, MichaelKreil, Will Lion et verbeeldingskr8

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