Tunisie pourquoi ? Mais Pourquoi quoi ?

Je prends la plume cette fois-ci, et non le clavier. Je recopierai après. Mais la plume est nécessaire, il faut que j’écrive avec quelque chose d’aiguisé, de contendant. Si je pouvais j’aurais pris un scalpel, tellement la précision du chirurgien est nécessaire.

La Tunisie… Sa capitale, Tunis, la verte, l’appelle t-on, en raison de sa verdure. Mais Tunis a, nous dit-on, déteint sur le pays, et le Monde aidé par certains de nos fins analystes politiques, se fait peur en jetant un voile toujours vert sur tout le pays… un voile islamique.

On aurait ainsi perdu notre bonne étoile, on pourrait ainsi mettre une croix sur nos libertés, mais le monde continuera de tourner. On éclaire ailleurs, next, un autre pays, un terrain de jeu différent. Les sujets pour se faire peur ne manquent pas. Et la peur c’est bien connu, ça annihile, ça empêche de réfléchir. Il y a déjà quelques illuminés ici et là qui se font passer pour des indignés, qui ont décidé de remettre en cause le principe fondateur de nos sociétés moderne, le pouvoir. Il ne s’agirait pas non plus que ça s’étende. Alors focal sur les crises, focal sur les banques, focal sur l’argent qui manque, focal sur la misère, focal sur la précarité. Noircir le tableau. Brouiller l’avenir. Mélanger les cartes. Tout ce qui est lisible va dans le sens du possible, qu’ils restent illettrés, qu’on reste illettré.

Et en Tunisie, on est donc avec nos illuminés du Livre, la peur au ventre, et certains songent déjà à prendre le maquis, a demandé l’asile politique à l’Afghanistan parce qu’on final même là bas, ca reste moins dangereux.

Je vais vous dire juste une petite chose mes amis, une toute petite chose, à titre liminaire, comme ça en passant. Je ne veux pas faire de vagues, alors je vais le glisser discrètement, et puis on passera au cœur du sujet ensuite. Ne demandez surtout pas l’asile politique à la France, au vieux continent ou encore à l’Angleterre, qu’il convient semble t-il de distinguer de l’Europe, parce que si vous voulez fuir les islamistes, là bas, ce sont des vrais. Des pures, des dures, des tatoués. Ils en fabriquent à la pelle, chaque jour un peu plus, chaque jour un peu plus extrémistes. Les mecs, là-bas, quand ils vont dans une assemblée, c’est pour essayer de se faire sauter. Bref, en Tunisie dans vingt ans si ça continue, mais dans vingt ans tout de même. Alors, pour le moment, abritez-vous en Tunisie, ne paniquez pas, et surtout, surtout, stoppez immédiatement ce processus de fabrications d’extrémistes qui est en train d’être mis en oeuvre.

Ceci étant dit, après avoir traité de la poutre des ceux là, qu’en est-il de l’aiguille de ceux-ci ?

Beaucoup de micro-analyses, des détails, des explications, des rationalisations, et une seule quête à chaque fois, mais pourquoi ? Alors parlons du Pourquoi. Pourquoi quoi ?

Permettez-moi tout d’abord de retirer le voile vert qu’on a jeté sur la Tunisie. Parce qu’il n’y a pas de raison que dans tous les pays du monde le noyaux dur du vote extrémistes n’excède pas 5% et qu’en Tunisie, il soit de 30%, 40%, 50% et j’ai même lu 60% de dérangés. Considérons donc que ils ne dérogent pas à la règle, est que 5% des électeurs du parti islamiste soient des illuminés complets, ne songeant qu’à en découdre avec tous les pécheurs, c’est à dire à peu près tous. Et comme ils le sont aussi, en général, ils profitent, je l’ai déjà dit, pour se faire également la belle, au paradis pensent-ils, où 40 vierges les attend. Mis à part ces 5% là, pour les autres il va falloir se creuser la tête pour trouver une explication.

Elle existe, et elles sont mêmes plusieurs. Mais on ne va pas mâcher le travail des politiques non plus, et ça serait trop long à expliquer dans le détail. Peut être un autre billet.

En substance toutefois, le fait est que celle-là, c’est à dire l’extrême majorité du vote nahdiste, n’est absolument pas prête à renoncer à un quelconque centimètre carré de ses droits, de ses libertés. En revanche, aujourd’hui, elle, toujours cette extrême majorité du vote nahdiste, elle a donc plus, prononcez le S, confiance en la religion qu’en la politique.

Et qui leur en voudrait, sincèrement.

Ennahda s’est engagée, dans sa campagne, à ne rien changer des libertés et des droits acquis, enfin surtout ceux des femmes. Comme l’a dit si bien leur chef, et on peut lui retourne l’argument, le peuple a fait tomber un gouvernement, il peut en faire tomber 10. Et lui inclus. Donc croyez-moi il ne s’amusera pas à jouer avec le feu … pas tout de suite… pas lui.

D’ailleurs, soit-dit en passant, ce n’est pas un mais deux gouvernements qui a été tombé. Celui de Ben Ali, et un mois plus tard, celui de Ghannouchi qui, au passage du passant, a laissé en héritage une seule des revendications des kasbistes 2; l’assemblée constituante. Rappelons qu’il y avait nombres d’autres doléances, toujours insatisfaites.

Comprenons donc que les électeurs d’Ennahda ont notamment un problème de confiance avec la politique, et ce n’est pas en les diabolisant qu’on va les mettre en confiance. Je vois d’ici l’argument électoraliste infaillible « vous voyez comme ils vous traitent ? vous voyez comme ils traitent les musulmans ? Ils ne vous respectent pas. Ils ne vous respecteront jamais. Ils ne s’occuperont jamais de vous car jamais personne ne s’est occupé de vous … à part nous ».

Diabolisez cet électorat et vous le radicaliserez. Regardez au-delà de nos frontières. En France. On a diabolisé l’Islam, on a diabolisé les banlieues. La plupart se sont radicalisés.

J’ai beaucoup de respect pour les électeurs d’Ennahda, et j’ai bien compris qu’ils ont peurs, qu’ils ont besoin d’être rassurés sur l’avenir, sur leur avenir, qu’ils veulent et souhaitent vivre dans une société qu’ils continueront à comprendre, qui s’occupera d’eux, qui les écoutera. Ils ne veulent pas, et sans doute plus, évoluer dans un système qui leur échappe. Ils ont peur d’être broyé, détruit par le monde qui les entoure, et qu’on ne comprend plus. Ils se réfugient dans leur culture, dans leurs traditions, cherchent un dénominateur commun qui va leur permettre d’avoir confiance en l’Homme. Ils l’ont trouvé dans leur Croyance. Ceux là pensent comme nous, ceux là nous comprennent disent-ils, ceux là ne nous trahiront pas, car nous avons les mêmes valeurs.

Mais qu’ils n’aillent pas s’imaginer qu’ils tiennent leur pouvoir du Livre. Dieu a fait l’Homme, mais ce sont les Hommes qui font les Hommes politiques … et les défont.

Il n’en demeure pas moins qu’ennhada n’a pas obtenu de majorité absolue à l’assemblée constituante, et qu’on le veuille ou non, elle n’a au final recueilli qu’un vote minoritaire.

Ainsi la première ou l’une des premières élections libres dans un pays arabe, maghrébin pour être plus précis, musulman à 99,8%, sur une population de 7,5 millions de votants, il y a 5,7 millions de personnes qui ne leur ont pas donné leurs voix, soit qu’ils n’ont pas voté, soit qu’ils ont voté autre chose.

Ensuite on évoque la victoire du premier. Je suis navré mais en politique, le vainqueur est celui qui gouverne. Et celui qui gouverne, s’il a besoin d’une alliance pour gouverner, et bien il n’est tout simplement pas vainqueur. Parlez-en aux belges, ils vous expliqueront. La démocratie ce n’est ni plus ni moins qu’une dictateur de la majorité. Nous sommes en train de perpétuer un concept que nous connaissons bien en Tunisie, en considérant, parce qu’on arrive premier, qu’une minorité peut gouverner.

Non il n’y pas eu da vague verte en Tunisie, de la même manière que, bien qu’on l’ai entendu pendant 23 ans, non Ben Ali n’a jamais été adoubé par son peuple. Alors cessons et cessez de vouloir nous imposer une minorité gouvernante.

Ennhada n’est pas plus vainqueur des élections que Ben Ali. Le second parce qu’il trichait, le premier parce qu’il ne représente pas la majorité des électeurs. Redite, mais redite nécessaire, dans un scrutin a un tour, si le premier n’a pas de majorité absolue, il n’est pas vainqueur, il n’est que premier. C’est rhétorique, mais c’est important pour nous. Car la rhétorique, on en fait ce qu’on veut. Et notamment dire que tout les autres ont réussi à tenir en échec ennahda qui ne dégage pas de majorité absolue.

Ben Ali truquait les élections mais aurait sans doute fait 30 ou 40%. Il faisait mentir les urnes pour pouvoir gouverner. Et maintenant que les urnes ne mentent plus, on décale le curseur, et on fait mentir la rhétorique, les chiffres, et on décide qu’une minorité a gagné. Non. Elle est juste première.

Oui ennahda est la première force politique du pays, oui le message doit être analysé, étudié et pris en compte. Mais elle ne représente qu’un peu plus du tiers des votants. Elle ne dirigera donc pas les deux autres tiers. Et elle ne dirigera pas tout court d’ailleurs. Personne.

Et ainsi ce scrutin est remarquable, car il est exactement à l’image de ce que finalement nous voulions fondamentalement. Personne n’a les pleins pouvoirs, et chacun devra composer. Aucun point de vue ne pourra triompher sur l’autre, et personne n’a la légitimité de la majorité du peuple.

Comprenez bien, les tunisiens ont voté dans leurs diversité, accordant une première place à leur culture qu’est l’islam, mais ce n’est qu’une place première, elle n’est ni exclusive, ni majoritaire. Ainsi donc le peuple dans sa diversité veille, et souvenez-vous, il a su nous unir pour lutter contre les débordements de Ben Ali, il a su s’unir pour aller voter en masse. Ne vous méprenez pas, ils ne votent peut-être pas tous pareils, mais ils sont capables de se retrouver tous ensemble si on leur a menti. Si on les a trompé. Et cette fois-ci, ils n’attendront pas 23 ans.

La Tunisie reste un exemple, un modèle, et elle peut désormais rajouter à ses prix celui de la diversité, car elle a su, dans une sorte de génie du vote, génie non concerté, accorder une place à chacun, en donnant la première aux plus circonspects des votants qui préfèrent s’en remettre, pour le moment, à ceux qu’ils pensent comprendre, maitriser. Non il n’y a pas eu de vague verte en Tunisie, ça s’appelle la pluralité.

Ils n’ont pas abdiqué, au contraire. Alors, élus, soyez vigilants, parce que le peuple l’est, et il est uni. Divers mais uni.

Ceci étant dit, on peut passer à l’analyse en détail. Prochain billet. Ou pas.

Article paru sur Bistrot du Coin

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Auteur:Karim Guellaty

Entrepreneur et bloggeur Franco-Tunisien, particulièrement au fait de la situation Tunsienne, Karim Guellaty s’était fait remarquer sur Twitter, entre autre, par la précision des renseignements qu’il avait donné sur les péripéties de la fuite de Ben Ali.

3 Réponses à “Tunisie pourquoi ? Mais Pourquoi quoi ?”

  1. hela
    25 octobre 2011 à 17:45 #

    Excellente analyse, à la fois juste et rassurante. merci !

  2. DeFrance
    25 octobre 2011 à 18:03 #

    Bonne analyse, j’espère que le temps et les tunisiens dans leur diversité vous donneront raison, inch’allah !

  3. wassimProIslamisme
    26 octobre 2011 à 11:42 #

    bonne analyse mais qui comporte des erreurs:
    1) les tunisiens ont fait tombé le gouvernement de ben ali et le 2eme gouvernement est tombé grâce (ou a cause?) de militants indépendants ET des militants ennahdhiste. eh oui mon ami si contre ben ali y’avait des femme voilés et non voilés, des homme pratiquants ou non, ceux de Kasbah était plutôt des barbus….(Car ennahdha a refusé de participer a ce gouvernement et c’était le seul parti a avoir entrepris cette action!)

    2) votre analyse pour expliquer le succès d’Ennahdha est fausse: je vis en France, et TOUTE ma famille a voté Ennahdha pour 2 raisons: Dieu et son prophète!! (ça ne fait qu’une raison) et pour remettre L’Islam a sa place: partout dans la Tunisie pour permettre un retour de la piété. Je n’ai pas voté pour eux car ils me comprennent mais j’ai voté pour eux comme les 40% tunisiens pour que le monde entier comprennent qu’on veut le retour de l’Islam (et de la charia si possible!) La preuve en est en Libye dernièrement ainsi qu’en Égypte prochainement

    3) Vous indiquez qu’Ennadha n’a pas gagné mais est juste arrivée premier dans les resultats. Oui c’est vrai mais d’une certaine manière mais ils ont obtenu la légitimité du peuple avec une laaaarge avance et ce seront donc les ISLAMISTES (oulala ça fait peur!) qui gouverneront!!! Même s’ils n’ont pas la majorité, ils ne sont pas très loin et il suffira d’une alliance avec d’autre parti pour obtenir la majorité. Les laïcs ne seront jamais unis contre les islamiste car s’ils le font ils ne feront que renforcer les islamistes das les opinions des gens!

    pour conclure vous avez beau diffamé Ennahdha, jouer le jeux des mécréants comme en France (barbe = terroriste + maltraitance de la femme), ou bien affirmer ce que vous voulez vous ne ferez que renforcer ennahdha (car les tunisiens ne croient plus vos mensonges et vont donc vérifier la moindre info pour se rendre compte que la vérité est du coté des islamistes!)

    Le peuple tunisien a répondu a l’appel de la démocratie, L’Islamisme s’est trouvé être leur réponse

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