Le web Marocain s’insurge contre le TGV Français

En octobre 2007, Nicolas Sarkozy et Mohammed VI duo Maroc ont signé un protocole d’accord pour la réalisation – par le consortium RFF, SNCF et Alstom – d’une Ligne à Grande Vitesse entre Tanger et Kénitra, avec un budget de 2.2 milliards d’euros.

Il est de notoriété publique ici, comme il a été rapporté par la presse française, que ce projet est une compensation marocaine pour avoir préféré les chasseurs Lockheed Martin au Rafale de Dassault, que M. Sarkozy n’avait jamais réussi à vendre.

Il va aussi sans dire qu’au Maroc ce projet n’a fait l’objet d’aucun appel d’offres, d’aucune consultation publique, ou même de mise à disposition de la population des études socio-économiques ou d’impact environnemental.

Ces faits, qui restent symptomatiques d’une pratique du pouvoir fondamentalement antidémocratique, contrastent fortement avec la position de la diplomatie française, qui affirmait, dans le contexte d’une campagne référendaire qui s’est soldée par un vote de positif de 98.5% que celle-ci “s’est déroulée dans le respect des règles démocratiques et l’organisation du référendum a été transparente”.

Karim El Hajjaji maîtrise le langage des politiques auquel il ajoute une bonne dose de pragmatisme et de logique. Président actuel de l’association Capdema, cet ingénieur en mécanique de tout juste 24 ans milite pour la démocratie « dans son sens universel », suit au quotidien l’actualité du Maroc et, surtout, la commente et l’analyse en compagnie de ses camarades de Capdema et des invités prestigieux qu’ils reçoivent dans le cadre de rencontres initiées par l’association.

Il n’est peut-être pas inutile de rappeler par ailleurs que le Maroc est classé 130ième en développement humain, avec un taux d’analphabétisme de 38% (chiffres HCP) et la faillite de tous les services publics : santé, sécurité, transports, etc …Ces dernières années, les marocains citadins ont été choquésde savoir que bon nombre de leurs concitoyens vivent littéralement au moyen-âge, coupés du monde après seulement quelques centimètres de neige.

C’est dire qu’au Maroc, les raisons de s’opposer * à ce projet ne manquent pas, et un collectif d’associations vient de voir le jour pour provoquer de facto le débat public que l’Etat marocain a toujours refusé en vue d’arrêter ce projet. Pour se défendre, des arguments vagues et non chiffrés tels que le développement économique sont évoqués, repris et amplifiés par les éditorialistes proches du pouvoirs. De leur côté, ni la SNCF, ni RFF, ni Alstom n’ont jugé utile de répondre aux critiques de la société civile marocaine, ne serait-ce que sur la question d’attribution du marché de gré à gré.

Mais si ce projet est qualifié au Maroc d’aberration économique, en France il est généralement perçu comme une ligne de plus dans le cahier de commandes des champions nationaux, c’est-à-dire d’une belle éclaircie dans un contexte de crise économique.

Que cela se fasse au détriment du développement d’un pays du tiers-monde, que cet argent ne soit pas légitime d’un point de vue démocratique ou que M. Sarkozy ait fait pression auprès du Palais n’est pas tout à fait ce qui ferait hésiter le contribuable français, malgré l’image d’humaniste universel qu’il essaie de se donner. La situation peut se résumer ainsi : le président démocratiquement élu du pays des droits humains, pour quelques centaines d’emplois en plus, presse un pays du tiers-monde à contracter une dette illégitime qu’il mettra des dizaines d’années à rembourser, pour un projet totalement inutile.

Ce qui est encore plus curieux, c’est que la même droite qui tient un discours xénophobe à cause d’un prétendu flux migratoire supérieur aux capacités d’accueil de l’Hexagone, participe implicitement au maintien de ce flux en privant les pays du sud de ses ressources de développement. N’est-il point trivial, lorsqu’un pays manque de tout, des routes rurales jusqu’aux écoles d’ingénieurs, que les population cherchent désespérément à le quitter ? N’aurait-on pas pu encourager le Maroc à mettre en place, disons, des zones industrielles viabilisées pour que les marocains ne soient pas obligés d’aller chercher du travail outre-méditerranée ? Des solutions plus durables et plus rationnelles que le retrait de nationalité devraient être envisagées, et elle sont à trouver du côté du développement économique de la rive sud.

Il est peut-être temps d’en finir avec la logique de la françafrique dans l’esprit des politiciens français. Ce serait, j’en suis convaincu, la meilleur réparation des longues années de colonisation.

* Un rapport critique du projet TGV a été rédigé par Ahmed Damghi pour CAPDEMA.

illustrations CC-by par DelphineQueme,  Audesou et Jesper2cv.

Tags: , , ,

Aucun commentaire pour l'instant.

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.