AmesysGate : du petit site de hack-journalisme au Wall Street Journal

Comme le disait Bluetouff« ce soir sur Canal+ sera diffusé pour  la première fois le reportage de Paul Moreira, résultat d’une investigation menée sur l’affaire I2E/Amesys/Bull concernant la vente d’armes numériques en Libye, à un terroriste notoire, monsieur  Senoussi, chef des services de renseignement de Kadhafi ».


Reflets.info est un pure player conçu et rédigé par une équipe de Hack-journalistes particulièrement impliqués dans les opérations liées au « printemps arabe ». 

Il n’est pas inutile à ce stade d’expliquer à nos lecteurs pourquoi et comment l’affaire Bull/Amesys a fait la Une de la presse en France et ailleurs dans le monde.

Dès février 2011, le Petit Poucet Reflets commence à semer ses petits cailloux blancs, c’est à dire à populariser une technologie peu connue du grand public : le Deep Packet Inspection (DPI). Plus précisément, Reflets pose des questions au patron de Qosmos. Des questions qu’aucun journaliste ne lui a jamais posées.

Reflets écrit dans l’article consacré à cette interview :

« L’actualité très chargée des pays arabo-musulmans en ce moment nous met  assez mal à l’aise. Selon nos informations, la France a bien vendu des  outils d’écoute globale à des régimes autoritaires. Ces outils ont fort  probablement servi à localiser, écouter et réprimer des opposants. »

A ce stade, nous disposions de toutes les informations sur Amesys qui seront révélées par la suite via d’autres media, mais nous n’en donnions pas le détail car nous n’avions alors qu’une seule source.

Nous sommes en février 2011.

Reflets est réalisé par des bénévoles, sur leur temps libre. Il est difficile d’affecter le temps nécessaire aux enquêtes de fond. En clair, nous n’avions alors pas le temps de creuser, de chercher une autre source, d’interroger Amesys (qui ne nous aurait d’ailleurs pas répondu ou de manière non satisfaisante).

Nous avons donc passé le bébé à nos amis d’Owni qui eux, avaient le temps et l’équipe nécessaire. Owni a alors publié un article documenté sur l’affaire Bull/Amesys, et la vente du logiciel Eagle à la Libye.

Mediapart, lui, aborde l’affaire via les documents de Ziad Takieddine. Bull/Amesys est cité dans la vente de CryptoWall et d’un 4×4 furtif.

Quelque temps après la « libération » de Tripoli, le Wall Street Journal publie à son tour un reportage sur le centre d’écoute Eagle en Libye.

On y découvre des affiches arborant le logo Amesys. La boucle est bouclée et toute la presse, y compris des télévisions françaises, vont s’y intéresser (un peu).

Un petit tour et puis s’en vont…

Pour la plupart des media, une information chasse l’autre.

L’affaire Amesys quitte le devant de la scène, mais pour nous, elle reste une priorité.

Nous commençons alors à recevoir des informations très précises sur Amesys et ses relations commerciales avec l’Etat français ainsi qu’avec d’autres pays. Amesys commence à nous apparaitre comme une galaxie, composée de multiples sociétés, impliquées dans le business d’Amesys et de Bull, tel Elexo, qui se charge notamment des achats de matériel, ou Amesys Conseil, qui place des consultants. Dans le langage des SSII on dit « acheter de la viande« . C’est raffiné.

Le partage, c’est une belle idée

Notre vision de ce que devrait être un Etat démocratique nous pousse à partager nos informations.

C’est ce que nous avons fait avec le Wall Street Journal à de nombreuses reprises, mais aussi avec le Canard Enchaîné (qui a largement relayé l’AmesysGate), Owni, Paul Moreira, les InrocksMediapart dans une moindre mesure (manque de temps), etc. Nous avons également proposé notre aide à Christan Paul pour ses recherches sur l’implication de l’Etat dans l’AmesysGate et sur le rôle exact de cette entreprise au sein du complexe militaro-industriel. Car la galaxie Bull/Amesys a de très étroites relations avec la Défense.

Merci Reflets, merci Telecomix…

Bien entendu, si Reflets n’avait pas parlé du DPI, de Qosmos, de ventes de matériels d’écoute dans des dictatures, partagé ses informations avec des confrères, l’AmesysGate aurait éclaté un jour ou l’autre. Mais plutôt l’autre… Plus tard.

Si Telecomix n’avait pas embrayé et fait un travail remarquable sur la Syrie, les opposants auraient probablement mis plus longtemps à comprendre l’étendue des capacités d’écoute mises à la disposition des dictateurs par des sociétés occidentales, Et particulièrement françaises.

Reflets est un petit media du fin fond du Web. Bien entendu, nous avons une masse de lecteurs et un nombre de pages vues non négligeable, mais pour le reste de la presse, nous somme un « petit truc ». Rares sont ceux qui ont pris la peine de nous citer (ça s’améliore cependant, il y a eu récemment de notables progrès à ce niveau).

Ce matin, nous avons reçu un très gentil mail du Wall Street Journal à l’occasion d’un prix qu’il a remporté, le « best Investigative Reporting from the Society for American Business Editors and Writers« . Ce prix récompense le dossier « Censorship Inc« .

L’auteur du mail voulait nous remercier de notre aide.

Ça met de bonne humeur le matin.

C’est compliqué tes histoires, Reflets et tu es vague

Pour la presse classique, l’AmesysGate est compliqué à traiter. Les aspects techniques de Eagle sont passés sous silence ou traités en une phrase. On peut comprendre. Certains de nos lecteurs, pourtant très pointus en informatique, nous reprochent parfois d’être trop techniques justement, dans nos papiers.
On ne va donc pas espérer que Mme Michu lise des lignes et des lignes sur le DPI.

En revanche, on peut se demander pourquoi une telle série d’informations publiée par Reflets n’ait été reprise par personne.

Par exemple, Reflets (et le Canard Enchaîné) ont révélé qu’Amesys avait vendu un système d’écoute globale similaire à celui vendu en Libye, cette fois, au Maroc. Nous avons révélé que des employés d’Amesys étaient présents à Rabat il y a peu de temps pour travailler sur le projet, que le matériel (IBM) avait coûté la bagatelle de 2 millions de dollars à l’achat. Nous avons révélé que Philippe Vannier, le président de Bull, était présent en Libye lorsque la « révolution » a explosé (elle avait déjà commencé, mais là, elle prenait une ampleur très importante) et qu’Amesys avait mis à disposition de son président de l’argent liquide pour ce voyage (3000 euros, exactement), nous avons également révélé qu’Amesys a « sponsorisé » le 10ème  Festival des Arts Nègres (à hauteur de 120.000 euros). Festival qui a donné lieu à des détournements de fonds variés et des opérations illicites multiples. Pas plus tard qu’hier, nous avons annoncé que nous avions localisé une installation Eagle sur le territoire Français.

Qui parle de tous ces aspects de l’AmesysGate ? Personne.

On nous reprochera de rester vague, de nous contenter d’affirmer des choses sans apporter de « preuves ».

La presse aime bien publier des fac-simile de documents à sa disposition pour « prouver » ses dires.

De deux choses l’une : soit un journaliste écrit quelque chose parce qu’il en détient la preuve, et la publication de cette preuve n’apporte rien, soit il publie quelque chose dont il n’a pas la preuve et cela peut être considéré par la Justice comme une diffamation.

Lorsque nous publions quelque chose sur Reflet, c’est que nous en avons la preuve écrite. Mais nous réservons nos documents à la Justice, si un jour Bull/Amesys prenait le risque (assez grand à notre avis) de nous assigner. Ce jour là, la masse d’informations écrites que nous apporterions au juge d’instruction (s’il y en avait un de désigné) serait telle que Bull/Amesys regretterait rapidement son choix.

A ce propos, et puisqu’une information judiciaire est ouverte sur Amesys Reflets tient à la disposition de la Justice et des députés ses archives.

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Auteur:Reflets.info

Reflets.info est un blog d'hacktivistes particulièrement impliqués dans les opérations liés au printemps arabe.

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