9avril à Tunis : la répression reprend de plus belle

Ce 9 avril 2012 est une journée de honte à graver dans le palmarès de ce gouvernement, post-14 janvier mais loin d’être révolutionnaire.

La marche pacifique pour fêter la journée des martyrs a été l’occasion de prouver que ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui se plaisent à garder l’Etat policier de Ben Ali.

Aujourd’hui, à peine arrivée à l’avenue Habib Bourguiba vers 11h, j’ai été accueillie par le jet des bombes-lacrymogène. Il y avait un barrage du côté de l’avenue Mohamed V, au niveau du ministère du tourisme, la tension était déjà à son comble.

Les policiers, en uniforme, cagoulés et en civil étaient très agressifs. J’ai vu des hommes, des femmes, des jeunes et moins jeunes, des journalistes, des avocats, se faire tabasser, insulter et traiter de tous les noms, se faire arrêter et embarquer arbitrairement par une police très violente.

J’ai vu des milices qui collaboraient avec la police et agressaient les gens, j’ai assisté à des jets de bombes-lacrymogène soudaines, des coups de matraques qui s’enchaînent… Et non je n’ai pas vu ça sur facebook ou en lisant communiqués et des rapports, je l’ai bien vécu.

J’ai dû me réfugier, avec d’autres personnes dans un immeuble pendant presque 30 minutes. On avait peur. On ne savait plus par où aller, le centre-ville était en état de siège. On était terrorisé.

Ce qui s’est passé est très grave. Et c’est encore plus grave quand je vois le ministre de l’intérieur, Ali Laarayedh, venir sur un plateau TV et nous parler de cocktails Molotov de la part des manifestants et affirmer n’avoir aucune preuve d’agressions envers les manifestants.

Il n’est peut-être pas au courant que les cocktails Molotov, ça déclenche des incendies. Hors aucun incendie n’a eu lieu, il peut donc trouver un autre mensonge. Les agressions, on ne peut pas les compter tellement elles étaient nombreuses, mais on peut au moins citer celles de Julie Schneider (correspondante du Journal Le Point, son témoignage ici), de Jawher Ben Mbarek (juriste et membre de Doustourna), ou encore de Fatma Riahi (blogueuse, son témoignage à l’hôpital en vidéo ici), les photos et vidéos peuvent témoigner du reste de la répression…

Ce qui s’est passé aujourd’hui rappelle Ben Ali. Et je pèse bien mes mots, cela rappelle l’époque Ben Ali. Nous avons arraché notre droit de manifester et nous manifesterons, à l’avenue Habib Bourguiba, n’en déplaise à ceux qui veulent nous instaurer une nouvelle dictature.

Et j’espère que ceux qui se disaient démocrates et défenseurs des droits de l’homme et qui aujourd’hui sont au pouvoir grâce à nous «peuple tunisien», mesurent la gravité de ce qui s’est passé.

Les milices d’ennahdha ne sont pas une nouveauté, Kais Berjab, avocat, en parlait déjà en janvier 2012: La milice d’Ennahdha opère dans l’impunité, Etat de droit vous dîtes ?

 

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illustrations de  Dalila Yakoubi et Halim Khrouf

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Auteur:Sarah Ben Hamadi

Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que vous avez envie d'entendre, ce que vous croyez entendre, ce que vous entendez, ce que vous avez envie de comprendre, ce que vous croyez comprendre, et ce que vous comprenez, il y a dix possibilités qu'on ait des difficultés à communiquer. Mais essayons quand même... (Bernard Werber)

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