Stallman évoque les libertés fondamentales, le Parti Pirate et les Anonymous

Le père de la philosophie du logiciel libre a donné une interview à RT, une chaine d’information continue Russe anglophone, au sujet des développeurs mal intentionnés, des réseaux sociaux qui vous espionnent, de la quasi-légitimité des attaques des Anonymous, du Parti Pirate et des conditions dans lesquelles il accepterait un logiciel propriétaire [ndlr: privateur, selon la terminologie de Richard Stallman] et un million de dollars.

Stallman est l’inventeur du concept selon lequel tout programme informatique doit permettre à son utilisateur de l’étudier et de le modifier comme il le désire. Selon Stallman, c’est le seul moyen de s’assurer qu’en utilisant un logiciel, ses utilisateurs ne compromettent pas leurs droits fondamentaux.

« Les logiciels libres vous libèrent – au sens littéral – dans le monde de l’informatique. Cela veut dire que vous pouvez contrôler votre ordinateur. Cela veut dire que les utilistateurs ont individuellement et collectivement le contrôle de leurs ordinateurs. Et en particulier, cela veut dire qu’ils peuvent se protéger eux-mêmes des fonctionalités malicieuses qui sont susceptibles d’être présentes dans les logiciels privateurs, » dit-il à RT.

Si vous perdez un ensemble de droits, il est plus difficile pour vous de préserver les autres.

« Ceci ne vous libère pas automatiquement dans d’autres domaines de la vie. Vous devez vous battre pour obtenir cela. Mais les droits de l’homme se soutiennent mutuellement. À une époque où beaucoup de ce que nous faisons se fait à l’aide d’ordinateurs, si nous ne sommes pas libres dans notre environnement informatique, il nous est plus difficile de nous défendre ou de combattre pour nos libertés dans d’autres domaines. Si vous perdez un ensemble de droits, il est plus difficile pour vous de préserver les autres.»

« Il y a de nombreuses façons de priver les gens de leur liberté à travers les logiciels qu’ils utilisent. L’un des exemples les plus récent est le scandale du logiciel « Carrier IQ », accusé d’enregistrer toutes les frappes clavier des machines sur lesquelles il tourne. »

« C’est un exemple de fonctionnalités malicieuses dans du logiciel privateur. Ces téléphones mobiles font tourner du logiciel privateur, il n’est donc pas surprenant qu’on y trouve des fonctionnalités malicieuses. Les logiciels privateurs les plus courants en contiennent », fait remarquer Stallman. [temps présent volontairement employé]

« Un autre exemple sont les activités de data-mining de Facebook, qui incluent un espionnage massif des gens qui naviguent sur Internet. »

Facebook pratique une surveillance de masse

« Facebook pratique une surveillance de masse. S’il y a un bouton « j’aime » sur une page, Facebook sait qui l’a visitée. Et il peut récupérer l’adresse IP de l’ordinateur visitant la page, même si son utilisateur n’a pas de compte Facebook. Vous visitez donc un tas de pages disposant d’un bouton « j’aime » et Facebook sait que vous les avez visitées, même s’il ne sait pas exactement qui vous êtes », ajoute-t-il.

la prise de conscience du public progresse, et il commence à résister

« Mais la prise de conscience du public progresse, et il commence à résister. Les opérations des Anonymous, par exemple, sont des sortes de manifestations en ligne », affirme Stallman.

« La plupart du temps les manifestations des Anonymous fonctionnent en regroupant de nombreuses personnes qui envoient des requêtes sur un site internet, pour qu’il ne puisse pas supporter la charge. C’est l’équivalent d’un blocage d’une porte de bâtiment en regroupant des manifestants devant l’entrée. C’est tout à fait légitime. Quant aux détracteurs, regardons qui ils sont et ce qu’ils font. Généralement, ce sont des gens qui font bien pire », estime t-il.

Le DDoS ? C’est tout à fait légitime.

« Un autre exemple criant est la progression des partis pirates en Europe, qui ont là-bas commencé à gagner des sièges aux élections.»

« Je suis plus ou moins d’accord avec leur point de vue, et je suis content de voir que ces problèmes sont en train de devenir des questions électorales. Je ne soutiens pas forcément les partis pirates car pour cela il faudrait que je sache ce que sont tous les autres partis, et je pense qu’il y a également d’autres problèmes importants. Par exemple, limiter le réchauffement planétaire est extrêmement important. Peu de partis pirates prennent position à ce propos. Il se peut donc que je choisisse de soutenir un parti vert à la place », dit-il.

Dans le même temps, Stallman fait remarquer que beaucoup de gens soutiennent la piraterie pour de très mauvaises raisons. Ils veulent avoir le droit d’utiliser des logiciels propriétaire [privateur] gratuitement, alors qu’ils ne devraient pas les utiliser du tout.

« Pourquoi est-il mal d’utiliser une copie illégale d’un logiciel privateur ? Parce qu’il est privateur ! Une copie illégale est ainsi presque aussi néfaste qu’une copie légale du même logiciel. Les deux sont néfastes car privateurs. »

« Les utilisateurs n’ont aucun contrôle sur ces logiciels ! S’ils rémunèrent le développeur, c’est encore pire car ils récompensent cette forme de délinquence. C’est pourquoi la copie légale est pire. Mais elles sont toutes les deux néfastes car elles sont toutes deux du logiciel privateur. Si vous voulez être libre, vous devez vous débarrasser des deux, car elles vous contrôlent toutes les deux. » explique-t-il.

« Je n’utilise pas ce type de logiciel. Si vous m’en offriez un exemplaire légal et que vous souhaitiez me payer un million de dollars pour le prendre, je n’en voudrais pas, à moins de pouvoir le mettre immédiatement à la poubelle. Ouais, si je pouvais prendre le million de dollars pour jeter un logiciel à la poubelle, alors je dirais oui. » ajoute Stallman.

Le visionnaire dit que la récession de l’industrie du développement logiciel, même si elle était due à l’arrivée du logiciel libre, n’aurait absolument aucune espèce d’importance en comparaison des avantages que cela apporterait.

«Qui s’en soucie ? À quoi bon une soi-disant industrie qui est en train de créer des outils dans le but de soumettre les gens ? Je n’utiliserai aucun logiciel non-libre ! Je fais le maximum pour m’en éloigner ! Donc s’ils arrêtent de les créer – ce serait super ! J’aimerais qu’ils le fassent. J’ai l’espoir qu’un jour ils ne fabriquent plus aucun logiciel non-libre.» dit-il.

« Bien évidemment, la tournure de ces événements pourrait faire du tort aux industries innovantes, mais Stallman explique que la direction prise par le développement logiciel lui fait déjà de toute manière plus de tort.»

« Avec les brevets logiciels, les USA sont devenus un endroit risqué pour le développement informatique, y compris pour le développement informatique innovant, parce que quand un programme innove, ça veut dire qu’il contient de nouvelles idées. Mais il contient aussi beaucoup de concepts déjà bien connus. Un programme important combine des milliers d’idées. Donc si vous avez des nouvelles idées et que vous voulez les utiliser, pour ce faire vous devez les assembler à l’aide d’autres idées qui sont déjà connues. Et si vous n’êtes pas autorisé à le faire parce que ces autres idées sont brevetées, alors vous ne pouvez pas utiliser votre nouvelle idée. » explique-t-il. 

Voir notre dossier en partenariat avec l’EFF sur les dérives du système des brevets.

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