Projet de budget de l’Etat Tunisien : OpenGovTN force la transparence

Il aura fallu moins de 24h au groupe OpenGovTN pour transformer une série de photos faites « à l’arrache » d’un document papier détenu par un membre de l’Assemblée Nationale Constituante en document numérique exploitable.

Téléchargez la proposition de budget de l’ANC

format .ods format .xls 

Nous n’en sommes pas à de l’openData, loin de là : le résultat est une série de tableaux qui auraient pu être obtenus bien plus facilement si les instances Tunisiennes étaient quelque peu transparentes, mais le résultat final est le même. Ces documents, que nous vous proposons ici en téléchargement dans divers formats, peuvent désormais être réutilisés librement par la communauté des journalistes, des informaticiens, et des citoyens dans leur ensemble.

Ce n’est qu’un début…

Dans les coulisses du forum citoyen actif, qui se tient ce week end à Tunis, des versions papier complètes du budget détaillé de l’Etat et de sa ventilation, en format papier, circulent déjà. La tâche pour effectuer leur passage au numérique s’annonce un peu plus lourde… ou pas.

Des plateformes telles que Amazon Mechanical Turk permettent en effet d’envisager une numérisation express et à très bas coût de photographies ou de scans de documents papiers, et l’opération-test de saisie du projet de budget de l’Etat peut très facilement passer à une stade industriel si cela s’avérait necessaire.

Tout celà serait parfaitement inutile si les instances tunisienne se décidaient à plus de transparence et fournissaient aux citoyens tunisiens le format numérique réutilisable dont elles disposent, mais 24h de délai pour contrer un manque de transparence montre que les efforts destinés à garder secrètes des informations publiques est une démarche promise à un cuisant échec.

Comme dans toutes les démocraties du monde, l’Etat Tunisien est confronté à une spectaculaire montée en puissance des revendications de transparence, et comme partout, l’Etat fait tout pour reculer cette échéance qui sera fatale à bon nombre de malversations habituellement protégées par une opacité administrative et politique.

Ne fournir que des documents papier, voir des documents papier scannés, plutôt que les documents numériques réutilisables dont elles disposent, est une obstruction classique de la part des gouvernances face à des exigeances de transparence sans cesses plus forte. D’autres démocraties « imparfaites » comme la France ont du faire face à ce type d’obstructions. On connait la suite : l’Etat Français a du faire face à une incroyable série de couacs, une nombre incalculable d’opérations similaires menées par la société civile qui ont tour à tour mis en place des portails web forçant la transparence quant aux activités parlementaires, établit une liste exhaustives des activités des lobbyistes au sein de l’Assemblée Nationale Française, développé des systèmes de traçabilité des réseaux d’influences, pour finir par une escalade de ‘leaks’ de documents en tout genre sur lesquels des sites d’informations tels que Mediapart.fr et Reflets.info ont construit leurs enquêtes, le tout finissant par la chute récente de l’une des gouvernances les plus corrompues de la Ve république.

L’ensemble des développements informatiques réalisés pour mettre en place des systèmes de support à la transparence ayant été faits avec du logiciel Libre, leur mise en place en Tunisie n’est qu’une question de temps.

La Tunisie,
future championne du monde de l’OpenGov ?

La différence entre la France et la Tunisie est cependant notable. Là où il aura fallu une soixantaine d’années à la Ve république, quinze ans d’usages d’internet et plus de quarante millions de citoyens connectés, la Tunisie arrive à des résultats similaires en un an et demi de démocratie et trois millions de citoyens connectés.

Ajoutez à cela une population largement familiarisée avec le concept de ‘leaks’, parfaitement apte à juger de la capacité disruptive de ceux-ci, qui ont tous constaté en quoi la fuite d’un télégramme diplomatique américain pouvait contribuer à faire chuter un régime que l’on croyait immuable, et vous avez une dynamique qui condamne irrémédiablement la gouvernance en place à adopter au plus vite la transparence ou à se résoudre au chaos… ou au retour à un régime autoritaire verrouillant l’information, ce qui en l’état actuel de la Tunisie, revient à peu près à la même chose.

Les perspectives sont cependant plutôt encourageantes : l’OpenGov est un sujet très à la mode au « pays du Jasmin », où il ne se passe pas une semaine sans qu’il ne soit le sujet d’une émission de radio ou d’un talk show à la télévision, le groupe qui rassemble ses adeptes dépasse de très loin, en nombre, tout ce que l’on peut trouver partout ailleurs – excepté aux Etats-Unis, mais en même temps, avec 480 millions d’habitants, la compétition est inégale – et le décret-loi n°41-2011 relatif au droit à l’information vient d’être adopté à l’Assemblée, offrant un cadre légal et une légitimité à tous ceux qui, citoyens comme associations, veulent des instances de gouvernance plus transparentes.

Double rainbow all the way

Notons également qu’au delà de la construction d’une démocratie transparente et moderne, les budgets relatifs à l’openGov et à l’OpenData qui se débloquent un peu partout dans le monde seraient suffisants – si la Tunisie continue sur ce chemin et devient un pôle d’expertise reconnu à l’international – pour assurer une croissance durable au pays et résoudre en partie le problème de l’emploi chez une large partie des diplômés chômeurs.

Samedi après midi, une conférence de presse du groupe OpenGovTN au le forum « citoyen actif » organisé à Tunis, à laquelle se joint plusieurs organisations de la société civile et des groupes informels tels que le Hackerspace.tn ou Telecomix.tn ainsi que de nombreuses associations, s’est réunie pour demander, à nouveau, plus de transparence dans le fonctionnement de l’Assemblée Nationale Constituante.


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illustration : Photomontage fait à partir d’une photo de Thierry Bresillon (Rue89)

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2 Réponses à “Projet de budget de l’Etat Tunisien : OpenGovTN force la transparence”

  1. omar
    21 mai 2012 à 22:33 #

    si vous voulez une copie numérique vous n’avez qu’a le demander du ministère des finances, car le comité de budget prépare une copie numérique sur CD (Format PDF) pour la loi des finances, mais qui ne peut être transmise à la presse qu’après approbation de l’ANC, car avant ça c un document confidentiel étant donné que le projet n’est pas finalisé e peut être modifié.

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