C’est la faute à l’ordinateur : l’excuse bidon pour justifier le manque de transparence de l’ANC

La route vers la transparence est encore longue, mais les efforts de l’OpenGovTN semblent porter leurs fruits. Suite à l’entretien de mercredi 16 mai avec Mostapha Ben Jâafar, le groupe OpenGovTN a obtenu de la part du service informatique de l’Assemblée Nationale Constituante la publication du plan des sièges de l’ensemble des députés.

Une « rétention d’informations » troublante

Ce récent pas en avant montre l’absurdité de la lenteur affichée jusqu’à présent par Mostapha Ben Jâafar pour permettre aux citoyens d’accéder à toutes les informations qu’ils sont en droit d’attendre de la Constituante.

Pour preuve, les documents, rapports et procès verbaux des commissions existent sous forme numérique au sein de l’Assemblée. OpenGovTN a même pu obtenir le budget du Ministère de l’éducation pour 2012, au format papier, malheureusement impossible à reexploiter pour l’instant.

Sarhane Hichri, d’OpenGovTN, fustige ainsi « la rétention d’informations » de la part de « décisionnaires trop absents et trop mous ».

Depuis plusieurs jours, les membres d’OpenGovTN profitent de la campagne #7ell2 pour enfoncer les murs qui se dressent devant eux et tous les citoyens tunisiens. Une chose est désormais certaine : ce ne sont pas des considérations d’ordre technique qui freinent le processus de transparence, mais bien une absence de volonté politique.

mise à jour : ce document technique sur le système de vote utilisé à l’ANC montre que le système est tout à fait en mesure d’exporter ses données dans des formats réutilisables, tel qu’Excel.

La question du vote des députés symbolise parfaitement ce constat. Si le vote électronique est bien en vigueur, c’est la traçabilité qui importe désormais. Sarhane Hichri résume le problème :

La traçabilité est remise en cause techniquement. Le risque zéro n’existe pas, il peut y avoir des failles mais ce serait un cas sur 10 000 ! On peut tout faire pour connaître le vote des députés, sans difficultés : identification biométrique, création d’un mot de passe, confirmation du vote… La vérité, c’est que la transparence fait peur [aux gouvernants]. Même ceux qui sont pour la transparence ont peur.

(tricherie lors d’un vote à l’Assemblée Nationale Constituante, source : THD)

La peur plus que le manque de compétences techniques, voilà ce qui semble paralyser les principaux acteurs de l’Assemblée Nationale Constituante, à commencer par Mostapha Ben Jâafar. Il serait pourtant très simple d’imposer à chaque élu un mot de passe pour s’enregistrer avant le vote.

Connaître le vote de son député, ses présences ou absences à l’Assemblée, voire son agenda… Autant de revendications qui peinent, pour le moment, à trouver écho au Bardo… et pour cause : les élus eux-mêmes n’ont pas accès à toutes les informations issues des commissions !

Au cours du Forum du Citoyen Actif, qui se tenait ce week end à la Cité des Sciences, Nadia Chaabane, député pour le Pôle Démocratique Moderniste (qui n’avait pas pu assister à la réunion avec Mostapha Ben Jâafar mercredi 16 mai), a appris l’existence des travaux d’une commission en même temps que le public, durant le discours d’un député d’Ennahdha !

Il reste encore beaucoup de chemin à faire pour arriver à des institutions plus transparentes en Tunisie, mais désormais, même les élus, premières victimes de cette opacité, en sont pleinement conscients. En moins de six mois, leur nombre dépasse la trentaine au sein du groupe OpenGovTN, soit près de 15% des élus, ce qui laisse espérer que la situation s’améliore rapidement.

___________

illustration CC par Marc Palm AKA Swellzombie

Tags: , , , ,

Aucun commentaire pour l'instant.

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.