Pourquoi l’OpenData ne suffit pas

Le débat autour des données dans notre communauté s’est intensément concentré sur la question de l’ouverture. Ce n’est pas surprenant. Des mots tels que « free » (libre) et « open » (ouvert) ont dominé les conversations dans le monde numérique depuis son existence, essentiellement parce que le monde du numérique s’est focalisé autour des travaux protégé par le droit d’auteur.

Aux yeux de la loi, les logiciels, textes, photos, vidéos et musiques sont tous des travaux de création, tous porteurs de la puissante et relativement-internationale protection du droit d’auteur; et c’est ce même pouvoir qui permet aux auteurs d’inverser ce pouvoir à l’aide des licences libres de droit.

Cette réalité nous a amenés à définir la liberté dans le cadre du logiciel, des œuvres culturelles et du savoir, toutes celles qui sont centrées sur le régime de la propriété intellectuelle et qui touchent le domaine des « objets numériques ». Nous avons aussi propagé cette idée au niveau des matériels numériques.

Tout cela a débouché sur le débat actuel autour des données, pour finir par se demander : « les données ouvertes » sont-elles libres dans le monde ?

Cependant, je passe beaucoup de temps autour de personnes s’intéressant aux données et pour qui l’ouverture de celles-ci est accessoire. Pour de nombreuses personnes, le challenge est celui de la Big Data, martelé par des événements organisés par la marque O’Reilly. Ils sont plus intéressés par la question de savoir s’il faut pour avancer utiliser l’intelligence artificielle ou des experts d’un domaine particulier, plutôt que par l’ouverture des données.

La préoccupation tourne également autour des « Données Sociales ». Ils s’inquiètent des politiques de confidentialité et vendent les données à un maximum de vendeurs possibles. C’est le principe du Bouton Bleu et du Bouton Vert. C’est la Connaissance de soi par les Données (Quantified Self). Il sont préoccupés par le fait de pouvoir récupérer leurs propres données.

A Washington et dans d’autres capitales, grandes ou petites, la préoccupation tourne autour des données gouvernementales. Le terme « ouvert » n’est pratiquement jamais mentionné.

Je pense que c’est parce que nous nous somme tellement focalisés sur la propriété intellectuelle, sur les licences Creative Commons de partage à l’identique et à l’attribution, sur le concept de domaine public, que nous avons perdu de vue le contexte global.

Les oeuvres créatives sont apparues en ligne dans un contexte culturel et technique qui permettait de se focaliser sur la liberté, et sur la propriété intellectuelle.

Nous avons une histoire qui remonte a plusieurs décénies  de pratiques avec les logiciels, photos et videos, et des siècles avec le texte. Nous avions des infrastructures techniques prêtes à créer, distribuer, consommer et réutiliser nos créations : mailings lists, sites web de partage, logiciel wikis…

Mais nous n’avons rien de comparable pour les données.

Les données arrivent dans le monde à un rythme si rapide qu’il est presque impossible pour le cerveau humain de l’appréhender. C’est comme essayer d’apprehender le temps géologique. Le coût de création de données est tellement bas dans tellement de domaines, et il chute dans tout un tas d’autres, que le véritable défi est d’en faire des choses intéressantes. L’écart entre ceux qui peuvent faire quelque chose des données et ceux qui ne peuvent pas est un nouveau cas sérieux de fracture numérique, et les licenses de protection juridiques n’est qu’une minuscule partie du problème. Important, assurément, mais minuscule.

Il y a un déficit de personnel – 190 000 experts en intelligence artificielle et 1 500 000 chef de projets, pour les seuls États-Unis, qui n’existent pas mais qui devraient, pour profiter de ces données. Ce déficit est encore plus grand dans les pays en voie de développement et va s’accentuer dans les prochaines années.

Mais le plus important est peut être le fossé culturel – nous vivons dans un monde aujourd’hui qui (implicitement dans la plupart des cas, mais de plus en plus explicitement) accepte l’état naturel des données comme transactionnelles. Nous échangeons nos données, plutôt que que notre argent, pour des services comme Facebook, Google, des applications en ligne, et plus encore. Nous n’en recevons pas de copie. Nous ne savons pas ce qui en est fait. Nous sommes à l’exterieur d’une boîte noire, mais nos données sont à l’intérieur.

Mon argument est donc que nous devons, en tant que mouvement « ouvert », comprendre et intégrer nos préoccupations sur le droit à la propriété dans le cadre d’un débat plus large. Nous devons parler des droits civiques. Nous devons parler du droit à comprendre comment sont traitées nos recherches sur le web. Nous devons parler de la façon dont le droit à la vie privée pourrait être altéré par plus d’ouverture.

Car contrairement au web et à internet, qui ont pu se développer calmement dans les recoins obscurs de ce monde, autorisant l’epanouissement de concepts ouverts, les données ont déjà attiré l’attention, l’argent, et des modeles économiques fermés. Nous sommes dans une lutte sans merci contre de puissants et riches adversaires, afin de créer un ecosystème ouvert basé sur le cœur des données, une bataille que TCP/IP et HTML n’ont pas vraiment eu à affronter.

Nous pouvons maintenant esperer combler la fracture avant que les autres, qui défendent des systèmes fermés, ne le fassent. La bonne nouvelle, c’est que les systèmes ouverts ont derrière eux une savoureuse petite histoire de suprématie sur les systèmes fermés, si tant est qu’on leur en laisse le temps, et qu’ils soient libres de les concurrencer, ne serait-ce que par un petit groupe de personnes dédiés à leur cause.

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Traduction collaborative réalisée par des internautes anonymes du monde entier.

source : Open Knowledge Foundation

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3 Réponses à “Pourquoi l’OpenData ne suffit pas”

  1. 29 mai 2012 à 11:11 #

    Collectively Securing our Future.

    Tunisia is emerging anew as a democratic responsible civilized nation, reborn out of the blood of our God blessed Martyrs.

    Nevertheless, our uprising is not over till we positively and actively monitor the on going process of the formation of the new transition government by giving our feedback and suggestions about this undertaking.

    Keeping Tunisian people in-the-loop will certainly secure a better transition towards the free and democratic Tunisia for which our martyrs, God bless their souls, gave their lives. Moreover, and most importantly, this collective and participative process will maximize the swift success of our transition and thus irreversibly anchor our country to the democratic world.

    However, due to the complexity of the situation; time constraints and limitations of our present legislation and institutional make up, we should all engage in, and monitor, the on going critical process to a workable state of affairs.
    Therefore, we should all expect under these circumstances the final choice to be neither perfect nor acceptable to each and every free Tunisian! It is necessary, nonetheless, that this to-be-born transition government work as a team capable of taking us where free Tunisia decided and willed to be.
    To achieve this desired outcome, the free people of Tunisia should be in the loop to monitor and align the composition of the transition government with its aspirations, desires and will; for today Power is nothing but by-and-for the people of free Tunisia.

    http://jasminrevolution.blogspot.com/2011/01/securing-future.html

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