Le sabordage du mouvement Pirate tunisien

Alors que le mouvement pirate prend de l’ampleur un peu partout en Europe et dans le monde, la Tunisie fait dans l’originalité avec l’existence de deux mouvements différents et radicalement opposés.

Le Parti Pirate est créé le 27 septembre 2010 par Chemseddine Ben Jemaa et d’autres hackers dont Slim Amamou, icône de la « révolution 2.0 » .

Par la suite, le groupe Takriz viendra gonfler les rangs du parti. Surfant sur la vague de la Révolution de 2011, Takriz (que l’on peut traduire par ras-le-bol en français « soft ») met son expérience de hackeurs résistants, volontiers violents, au service de la « nébuleuse » Pirate.

Pour Slim Amamou, le rôle joué par les Takriz est à relativiser : « En 2010 ils ont acheté le nom de domaine http://partipirate-tunisie.org, et moi et Chems on est entrés en contact avec eux. C’est pour ça qu’ils disent maintenant : « c’est nous le parti pirate ».

Depuis le navire pirate s’est fissuré, sur fond de conflits de personnes. Les figures historiques du parti que sont Slim Amamou et Chemseddine Ben Jemaa ont poursuivi leur route sans les membres du collectif Takriz. Ces derniers obtiendront le visa du Premier Ministère le 12 mars 2012 , officialisant le « Parti Pirate Tunisien ».

Les « Takrizards » ont rapidement proposé à travers leur mouvement une vision radicale de l’action politique : le groupe a d’abord appelé à boycotter les élections du 23 octobre 2011.

Pour Foetus, membre de Takriz, « ces élections n’en étaient pas, c’était une mascarade. Rien que le financement de la campagne était occulte, les médias étaient occultes, notre page Facebook est restée censurée de mai 2011 jusqu’à il y a un ou deux mois.
Nous n’allons pas porter la honte d’une élection mascarade, d’une élection sans justice de transition ! ».

Dans un second temps, lors du dernier congrès du Parti Pirate International en avril à Prague, le Parti Pirate Tunisien s’est distingué en refusant de dialoguer avec Slim Amamou, venu présenter la situation tunisienne aux pirates des quatre coins de la planète. Sommé de s’expliquer, Takriz a renvoyé Slim Amamou dans les cordes de Twitter.

« Quelque chose de plus profond qu’un look »

Le Parti des Takriz est avant tout l’incarnation d’une vision anti-système, voire un chouïa anarchiste : « On veut reconstruire un système, récurrer ce qu’il y a, quitte a le démolir pour mieux le reconstruire » résume Foetus.

Alors forcément, l’existence d’un autre groupe de pirates est proprement rejetée par Foetus : « Le seul Parti Pirate en Tunisie est celui que Takriz a fondé en 2010 ».

Le co-fondateur du Parti Pirate Tunisien insiste sur la « différence primordiale entre notre parti et tout autre clone ou ramassis de non-sens qui existerait aujourd’hui en Tunisie : cette mentalité qui fait de notre Parti Pirate quelque chose de plus profond qu’un look, un site, un logo, une personne ou toute autre sottise ».

Le PPTN publié : la bataille ne fait que commencer

L’autre « sottise », c’est évidemment le PPTN. Le parti de Slim Amamou et Chemseddine Ben Jemaa a été publié au Journal Officiel de la République Tunisienne (JORT), le 24 mai dernier.

Il y a donc officiellement deux partis pirates en Tunisie, et une grosse concurrence en vue sur les réseaux…

Se distinguant du parti dissident lancé par les Takriz, le PPTN envisage de se présenter aux futures élections, à l’instar de l’ensemble des Pirates mondiaux.

Toutefois, la situation politique de la Tunisie étant particulièrement atypique, pas sûr que le fonctionnement du mouvement Pirate (basé sur une certaine souplesse accordée aux groupes) soit adapté à un Etat en pleine reconversion post-dictature.

Et dans ce contexte, rien de tel que deux mouvements sensiblement similaires aux yeux du grand public (ne serait-ce que par leurs dénominations), bien que profondément antagonistes, pour instaurer une certaine confusion.

Dommage, car le combat pour la transparence et les libertés numériques n’a jamais été autant d’actualité dans un pays qui navigue toujours en eaux troubles.

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