Facebookratie

« Je l’ai vu sur Facebook », cette phrase est à certains hommes politiques en Tunisie, ce que Le « On me dit au marché » est aux hommes politiques en France. Une manière de partir d’une histoire marginale pour en faire un début de réflexion qui se veut politique.
Entendre parler d’un sujet au marché  ou le voir sur Facebook montre qu’il s’agit d’une préoccupation des concitoyens et que l’homme politique qui cherche à s’en saisir est en prise avec la réalité et soucieux de l’intérêt général (du moins sur les marché et la toile).
Souvent, ces deux phrases annoncent une diatribe sur un sujet anecdotique, parfois futile, que l’orateur cherche à mettre en avant parce qu’il y excelle et qu’il cherche un créneau politicien, ou tout simplement pour mettre en difficulté des adversaires politiques. A force de matraquage, ces sujets (de préférence du micro management: squat des halls d’immeuble, aspect vestimentaire…) peuvent devenir le centre du débat politique.

Cela ne serait pas aussi dramatique en Tunisie, si les pages de Facebook n’avaient pas pris une telle importance.
Après le 14 janvier, des vagues de Tunisiens ont rejoint ce réseau social, tant son rôle dans la révolution a été loué (avec un peu d’exagération, mais c’est un autre débat). Des Tunisiens qui ne voient la toile que par le prisme de Facebook, au gré des articles et vidéos partagés par leurs amis ou les pages auxquelles ils ont souscrit.
Rien d’étonnant alors, de voir les administrateurs de certaines pages se considérer comme des faiseurs d’opinion.
Tantôt ils agissent comme des journalistes, l’éthique et le professionnalisme en moins,  tantôt ils agissent comme s’ils étaient institutionnels : ils appellent aux sit-in ou à la manifestation, ils lancent des communiqués de presse comme s’ils avaient une légitimité quelconque, sans aucune transparence sur leurs donneurs d’ordres ou les intérêts qu’ils servent.
Tout cela serait drôle, si leurs actes n’avaient pas les conséquences qu’on connaît, allant des fausses informations relayées sur des sites douteux, jusqu’aux  vidéos ou photos d’autres pays sans contextualisation aucune (cf la photo des islamistes sur les plages… de Gaza) en passant par des noms jetés en pâture à l’opinion, avec des accusations plus ou moins graves, sans forme aucune de procès, comme au bon vieux temps de Ben Ali.
Facebook est devenu un enjeu politique, les partis se doivent d’y avoir une vitrine, souvent avant même d’avoir un site Internet, pour leur communication officielle. Mais il reste un nombre incalculable de pages non identifiées, avec des armées de trolls. Dès le lendemain de la révolution, les pages se sont mis à mener en chœur des campagnes (de diffamation ?) contre l’UGTT. Puis d’autres partis politiques, souvent les plus structurés.
Facebook qui était une bénédiction pendant la révolution tunisienne, devient une arène pour les coups bas d’une campagne électorale qui s’annonce déjà compliquée et imprévisible.« El » Facebook « tunisien » commence à ressembler à une poubelle et ceux qui ne trient pas les informations qu’ils partagent sont tout aussi responsables que ceux qui les ont posté, mais ces derniers ils l’ont fait en connaissance de cause.

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2 Réponses à “Facebookratie”

  1. ProrataTemporis
    31 août 2011 à 14:26 #

    En parlant d’éthique journalistique, de code de conduite et autres citations de sources, il aurait été très correct, voire honnête d’indiquer la provenance de cet article.

    http://www.rue89.com/2011/08/03/facebook-utile-pour-faire-une-revolution-pas-pour-batir-une-democratie-216628

  2. ProrataTemporis
    31 août 2011 à 16:34 #

    Au temps pour moi, l’auteur de cet article est le même que sur rue89. Je tiens à m’excuser auprès de la rédaction. Excuse heureuse, d’ailleurs, puisque maintenant j’ai maintenant une branche médiatique à laquelle m’accrocher qu’est ce site.

    Concernant le sujet, qu’on le veuille ou non, Facebook reste encore le moyen d’information privilégié du Tunisien. Et il n’y a pas fumée sans feu. Les média traditionnels doivent encore faire leurs preuves. A ce propos, le buzz « ba3eth el 9anet » sonne comme une provocation à l’attention du Tunisien, comme si M. Nasra annonçait au public que la télé allait continuer à servir la soupe nauséabonde pré-révolutionnaire et que c’était à prendre ou à laisser. Donc, il ne reste plus que les réseaux sociaux.

    Et j’ai envie de dire : tant mieux ! Ce qui se passe en Tunisie n’existe dans aucune des démocraties à ma connaissance. Et de ce point de vue, nous n’avons pas de leçons à tirer de l’Occident parce que son expérience se cantonne aux média classiques. Les journaux, radios et télés leurs suffisent amplement puisqu’ils ont fait leur preuves et il peuvent alors leur faire confiance dans l’absolu. Se mettre à intégrer les réseaux sociaux pour eux s’apparenterait donc plus à une aventure hasardeuse qu’autre chose.

    Bien sûr mettre de côté Internet pour ces raisons ou l’aborder avec les mêmes recettes qui ont marché avec les média classiques s’avérera à terme pénalisant.pour l’exercice de la démocratie. Il ne suffit pas de créer la copie numérique d’un journal en ligne ou bien de poster ses flash d’infos télévisés sur son portail web. Ce serait passer à côté de la dimension communautaire que permet le réseau et que de simples zones de textes servant à placer des commentaires demeurent limitées.

    La révolution tunisienne s’est accompagnée d’une révolution de l’information. C’est innovateur et c’est en même temps le bazar. Mais ce serait dommage de laisser tomber cela à causes d’analyses biaisées par l’expérience des autres qui, comme le disait Lao-Tseu, n’est qu’une lanterne qui éclaire le chemin déjà parcouru.

    Le problème n’est pas tant Facebook que l’information et la désinformation qui auraient pu tout aussi bien peupler la télé, les journaux, voire les rumeurs.

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