La Tunisie était le laboratoire de la censure des firmes occidentales

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Le gouvernement tunisien a bénéficié de remises sur des logiciels de surveillance en contrepartie d’un retour sur les failles et les pannes découvertes lors de leur utilisation.

Avec l’effondrement progressif des dictatures au Moyen-Orient [et en Afrique du Nord], de plus en plus d’informations sont révélées à propos de l’étendue de la surveillance des activités en ligne dans ces pays.

L’étendue du système de contrôle de l’Internet libyen a été révélée quand des journalistes et des rebelles lybiens ont accédé à l’agence de renseignements de Gadhafi [nde: en pratique, dès le mois de mai dans Reflets.info]. Pendant ce temps là, des découvertes similaires ont eu lieu en Égypte et en Tunisie. Des entreprises anglaises, américaines, canadiennes et françaises ont été plus que pro-actives pour fournir leurs solutions à des dictatures sans équivoque.

La dernière information concernant le gouvernement tunisien récemment renversé révèle qu’une société de logiciels occidentale a non seulement fourni au gouvernement de Ben Ali les moyens de surveiller les activités de ses citoyens mais qu’elle lui a en plus accordé une remise.

Prenant la parole à la Réunion des Blogueurs arabes qui se tient actuellement en Tunisie, le nouveau président de l’Agence Tunisienne de l’Internet (ATI), Moez Chakchouk, a révélé que des sociétés ont offert au gouvernement tunisien des prix substantiellement réduits en échange de tests et de « bug-tracking ». Selon le post de blogueurs concernant l’intervention de Moez Chakchouk, ce dernier n’a pas divulgué de noms et ce, pour des questions contractuelles ; « l’Agence s’est dissociée de ces partenariats et ne peut plus désormais se permettre [financièrement] de censurer, même si elle le voulait ».

Il est important d’ajouter que l’Agence Tunisienne de l’Internet a été, sous le régime de Ben Ali, le cœur de la censure en ligne et de la surveillance, assurant au gouvernement un moyen de répression envers les activistes. Selon Moez Chakchouk, ces pratiques ne sont plus d’actualités aujourd’hui.

Selon Jillian C. York, le directeur de la Liberté d’Expression Internationale à l’Electronic Frontier Foundation, parmi les logiciels utilisés par le gouvernement tunisien figure SmartFilter de McAfee, qui empêchait les citoyens tunisiens d’accéder à certaines pages web. Cette pratique n’a pas cessé aujourd’hui mais concerne les contenus pornographiques plutôt que politiques.

En outre, le gouvernement a également réussi à censurer beaucoup plus qu’un simple contenu jugé moralement inacceptable. La page Facebook de l’activiste démocrate Jalel Brick a été censurée par ordonnance d’un juge tunisien, et l’Agence Tunisienne de l’Internet ne pouvait qu’obtempérer.

Des citoyens tunisiens ont exprimé leur inquiétude concernant la censure par l’utilisation de filtre, ce type de censure pouvant entrainer le bloquage par effet de bord de contenu pourtant jugé parfaitement acceptable par le gouvernement tunisien. Ce fut le cas de Tumblr dans plusieurs pays du Moyen-Orient qui avaient installé un filtre fourni par la société de logiciels canadienne Netsweep.

L’Agence Tunisienne d’Internet, sous la direction de Chakchouk, a effectué un revirement à 180 degrés et se bat actuellement pour une cause opposée : la protection de la liberté d’expression sur Internet.

A PROPOS DE L’AUTEUR
Née au Lesotho, Nancy Messieh est une écrivaine et photographe égyptienne basée au Caire en Egypte. Vous pouvez la suivre sur Twitter, son site ou Google+ ou alors la contacter par e-mail à l’adresse : nancy@thenextweb.com

Article original
Ce texte a été traduit par des citoyens du monde entier de façon collaborative (stat)

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