Je ne vous parlerai pas de la Tunisie (bis)

Non je ne vous parlerai toujours pas de la Tunisie. Pour toutes les raisons déjà exposée ci-après précédemment. Et pour vous dire quoi ?

Qu’on y vote le 23 octobre ? Oui, bon, donc on y vote le 23 octobre, et semble-t-il librement, pour y élire des représentants du peuple à une assemblée constituante. C’est à dire à une assemblée qui aura en charge d’établir une constitution notamment. Notamment, car finalement c’est elle qui va définir son périmètre d’intervention.  La bête va s’auto-alimenter. Ou le pouvoir qui se nourrit du pouvoir. Et oui, puisqu’elle sera composée de membres librement élus, elle aura toute légitimité pour faire ce qu’elle veut. On vote en Tunisie, en donnant à ceux qui vont nous représenter, le pouvoir de graver dans le marbre les institutions de nos cinquante ou cent prochaines années. Institutions que n’importe quel connard pourra si le cœur lui en dit un jour,  modifier, amender, triturer et même, paroxysme de la démocratie, suspendre. Oui, on est censé voter pour ça, mais pas que …

On va élire des membres pour une assemblée constituante, dont on ignore donc le périmètre d’intervention, ni même la durée. En combien de temps devront-ils faire la constitution ? on n’en sait rien et finalement on s’en fout, tant que ca ne dure pas 23 ans. Parce que le dernier a avoir fait du provisoire en Tunisie, le temps de soigner Bourguiba de sa grippe, de sa folie ou je ne sais quel autre mal médicalement constats, le temps donc de le soigner ou de le remplacer et se provisoire s’est traduit par un hold-up du pays pendant 23 ans. Ceci dit, on ne peut pas lui reprocher de ne pas avoir fait du provisoire, puisqu’il est parti du jour au lendemain, certes après avoir fait massacrer quelques centaines de ses concitoyens, et s’être gavé lui, son banc, son arrière banc et strapontins compris. Mais il s’est barré, un peu aidé, mais barré quand même au bout de 23 ans. Alors finalement, c’était bien du provisoire. de quoi se plaint-on ? Ah ce que vous êtes tatillons, vraiment. Il a fini par l’installer la démocratie, il s’y est engagé le 7 novembre 1987, il l’a fait le 14 janvier 2011. Et n’allez pas me dire que c’est contre son gré. On vous a dit qu’on l’a trompé. Le monde entier et nous aussi d’ailleurs ne peut pas avoir adoubé pendant si longtemps un hystérique narcissique. Si ?

On va donc élire ceux là, dont on sait pas très bien quels seront leurs pouvoirs et pour combien de temps. Remarquez on ne sait pas non plus pour quoi faire. On s’en fout aussi, et puis ils ne pourront pas voler le pays, il n’y a plus rien à voler. Prendre ce que les autres ont laissé ? Même pas puisque les autres n’ont rien laissé et sont toujours aux manœuvres. Un programme politique peut-être ? Ca oui, ils ont un programme politique, tous, le même pour tous et costaud en plus, ils veulent le pouvoir. Ils trouveront bien quoi en faire après.

Donc oui, on vote en Tunisie, pour désigner des membres d’une assemblée constituante dont on ne connaît ni la durée, ni l’étendue des pouvoirs, mais pour lesquels on a la certitude qu’ils le veulent. La quête du pouvoir est la chose la mieux partagée au monde et le pouvoir est la chose qu’on partage le moins au monde, va comprendre.

Non la vraie question, celle pour laquelle le monde entier retient son souffle, qui mobilise tous les analystes politiques, économiques, financiers, sociaux, ethniques, la seule interrogation qui nourrie les doutes de chacun, qui attise les craintes de tous, le vrai chalenge, ce ne sont ni les prochaines institutions, ni l’avenir économique, ni la destiné humaine, encore moins le bien-être d’un peuple, les perspectives sociales, l’épanouissement culturel et je ne sais quelles autres facéties. Non le point clé, lequel est clé de voute, c’est, est-ce que les islamistes vont être élus en Tunisie.  Cette question a déjà permis à Ben Ali de faire du provisoire 23 années, et pourtant elle reste encore posée aujourd’hui.

Ah ces islamistes … je vais finir par les plaindre, car non seulement quinze siècles nous séparent d’eux, non seulement leur obscurantisme n’a d’égal que le QI d’une huitre, non seulement leur bêtise éclair l’aveugle, mais en plus de toutes ces tares, ils sont aux idiots et autres despotes ce que la sardine est à l’huile, ce que la mère Denis, pour les anciens, est à la publicité

Voilà, donc en Tunisie, rien de neuf sous le soleil, mis à part qu’on vote le 23 octobre. En tout cas, croyez-le.

Article original paru sur Bistrot du Coin

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Auteur:Karim Guellaty

Entrepreneur et bloggeur Franco-Tunisien, particulièrement au fait de la situation Tunsienne, Karim Guellaty s’était fait remarquer sur Twitter, entre autre, par la précision des renseignements qu’il avait donné sur les péripéties de la fuite de Ben Ali.

2 Réponses à “Je ne vous parlerai pas de la Tunisie (bis)”

  1. abou hassen
    11 octobre 2011 à 08:27 #

    Peu importe la couleur de notre constituante…tant que la situation socio economique restera mediocre les conditions seront reunies pour l emergence de l extremisme de tout bord ..ceci amenera les progressistes par la force des choses je l espere a s unir et developper un programmme economique viable et autonome
    Au fait le seul rempart contre l integrisme religieux ou autre restera la croissance et le developpement economique
    Certains vont avoir recours aux perfusions et aux appels et la promotion des investissements exterieurs et a long terme ils vont hypothequer la tunisie..d autres vont aliener leur independance en quemendant les petrodollars au nom d un islamisme en perte de vitesse…Mais les vrais gagnants mais je ne vois pas qui c est ,seront ceux qui mettront en place un plan de developpement economique et sociale integre et equilibre repondant aux aspirations et attentes du peuple tunisien surtout en apportant une solution immediate au probleme majeur du chomage..
    L integrisme religieux ou autre restera un epiphenomene social dont l essence meme trouve son origine dans la degradation des conditions socio economiques:chomage,scolarite,sante sont autant de facteurs qui conduisent l individu a se refugier et s orienter vers une spirutualite compensatrice…
    Ce qui se passe chez nous sur le plan sociale peut etre compare au phenomene de la « cocotte minute » sous pression pendant 50 ans de dictature et non pas 23 et c est une lecture tronquee de notre histoire c est normal que ca va faire beaucoup de bruit et siffler haut et fort pendant un certain moment puis ca va s estomper…le hiatus qui existe entre la classe politique et le reste du peuple est grand…les uns sont occupes par leur campagnes et tout ce qui s en suit alliances , passages tele ,candidats,publicite,bonne guerre et gugerres etc..le citoyen son quotidien nouriir ses enfants,payer son credit et ses factures…mais la lecon que tout le monde et surtout les politiques doivent retenir..c est que le tunisien n est plus ce qu il a ete jadis et n hesitera pas a crier haut et fort a tous ceux qui oseront transgresser sa volonte DEGAGE et PLUS JAMAIS PEUR

  2. abou hassen
    11 octobre 2011 à 08:31 #

    correction:guerre et gueguerre /nourrir

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