Ligne Rouge

Chaque jour une nouvelle ligne rouge est franchie, chaque jour nous nous éloignons un peu plus de l’Etat de droit et des revendications populaires portées par la révolution de la dignité. L’état des lieux aujourd’hui est plus qu’alarmant et la vigilance de la société civile, de la principale centrale syndicale et de l’opposition commence à atteindre ses limites

Chaque jour une manifestation culturelle ou politique est empêchée, des artistes et des militants politiques sont intimidés. Après avoir empêché le spectacle de Lotfi Abdelli et celui de la troupe iranienne, interrompu la conférence de Youssef Seddik, fait annuler des festivals, une nouvelle étape a été franchie hier avec un triste spectacle d’une violence inouïe que nous ont offert des salafistes à Bizerte. Tout cela dans une passivité rare du ministère de l’intérieur qui offre à des criminels une totale impunité au mépris de la loi
Ce même ministère de l’intérieur qui, rappelons-le n’a pas été inquiété après les événements du 9 avril

Chaque jour des nominations partisanes se suivent à la tête des médias démasquant une volonté à peine voilée de museler la liberté d’expression et d’annihiler toute critique véhémente à l’égard du gouvernement.

Chaque jour des revendications populaires sont étouffées à Sidi Bouzid, Gafsa, Sfax et autres bastions de la résistance à coup d’arrestations arbitraires et de propagande digne des pires heures de l’ancien régime. La propagande bleue veille au grain sur les réseaux sociaux, dans les mosquées comme dans les communiqués officiels.

Chaque jour, une nouvelle épée de Damoclès plane sur nos têtes en voyant l’évolution de la rédaction du texte constitutionnel fondateur de notre 2ème république. Droit des femmes, liberté de presse, d’expression, indépendance de la justice, liberté de conscience, égalité des citoyens face à la loi, et jusqu’aux fondements mêmes de la république, tous sont mis à mal.

Sans oublier que le processus de justice transitionnelle n’a pas été entamé, les dossiers de corruption restent au placard tout comme les compétences nationales empêchées de contribuer à la relance économique du pays pour satisfaire les ambitions des fidèles alliés.

La ligue des droits de l’Homme s’insurge, Amnesty International condamne, les ONG tunisiennes et internationales s’alarment et l’opposition politique continue à se battre sur le terrain comme au sein des institutions de l’Etat.

Et là le slogan de RSF revient aux esprits : Libres jusqu’à quand ?
Libres nous le resterons jusqu’à ce que nous décidions d’accepter la fatalité et d’abandonner la partie. Continuer à résister, continuer à nous battre parce qu’il le faut et que nous n’avons pas d’autre choix.
Nous le devons à nos martyrs, à nos blessés et à ceux qui militent depuis plus d’un demi-siècle.
Nous le devons à nos futures générations.
Nous le devons à la Tunisie…

Tags: , , ,

Auteur:Zeineb Turki

Médecin, amatrice de littérature et de Jazz. Membre du bureau politique d'Al Joumhouri.

3 Réponses à “Ligne Rouge”

  1. razgallah sami
    18 août 2012 à 13:49 #

    je partage

  2. Zeineb Turki
    18 août 2012 à 18:25 #

    Merci Samy, c’est tout à ton honneur …

  3. al07
    20 août 2012 à 09:56 #

    Le problème aujourd’hui c’est que la société civile semble bien apathique face à la montée des
    périls qui la guettent……Pendant 23 ans,le Peuple a subi la dictature,faudra-il attendre le
    même temps pour voir enfin une réaction forte ?
    Ennahdha se réfugie derrière une supposée « légitimité » des urnes,alors qu’Elle n’a obtenu que
    37,04 % des voix et ne peut gouverner qu’avec une alliance de circonstance,en invoquant
    « l’intérêt supérieur de la Nation »,et tout le monde peut se rendre compte que c’était un marché de dupes !!
    Il faut marteler,encore et encore,qu’Ennahdha n’a pas de légitimité à gouverner et que les deux partis qui se sont alliés aux nahdhaouis ont trahi la confiance de leurs électeurs et leurs
    idéaux !
    Les discours et les mots ne suffisent plus ! Des actes !!

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.