#OpSyria s01e03 – NASDAQ’s Blood Diamonds

Officiellement, Bluecoat vend de la technologie réseau a des gens très bien… enfin… des gens qui n’ont pas de sang sur les mains, et qui n’utilisent pas les services de Bluecoat pour assassiner qui que ce soit.

Officieusement, pas vraiment.

Bon nombre des citoyens Syriens emprisonnés, torturés et pour certains d’entre eux morts, l’ont probablement été après s’être fait repérer sur internet, et la technologie utilisée pour permettre cela a été mise au point par Bluecoat.

Bluecoat augmente ses revenus que les analystes trouvent stagnant sur le dos de la population syrienne.

Nous ignorons encore à ce stade  (pour combien de temps ?) le montant du contrat passé avec Bashar El Assad, mais au vu de l’énormité du système que nous avons mis à nu, la Syrie est sans nul doute un gros client, un client qui ne doit pas lésiner sur les moyens.

Pourtant, le cours de bourse de Bluecoat – qui est une énorme société valant (encore) plus de 800 millions de dollars avec près d’un demi milliard de revenus annuel – n’est pas au beau fixe ces temps-ci. Comme toutes les entreprises cotées, elle déguste, mais bien qu’elle ne paie pas de dividende et que sa volatilité soit élevée, la plupart des analystes conseillent de garder l’action dans son portefeuille.

Depuis de nombreuses années, des fonds éthiques ont vu le jour. L’idée est d’investir dans des entreprises en tenant compte d’un certain nombre de valeurs morales. Dans le cas de Bluecoat, comme de bien d’autres fournisseurs de produits de ce genre, il y a sans doute peu à dire lorsqu’ils vendent à des FAI en Europe. L’aspect moral de leurs ventes est beaucoup plus discutable lorsqu’ils vendent à des pays comme la Libye, la Syrie, l’Egypte de Moubarak ou la Tunisie de Ben Ali.

Ceci dit, si ces entreprises veulent continuer à vendre leurs produits à des dictateurs, il faudra qu’elles prennent en compte l’impact informationnel. Il y a désormais de plus en plus de gens qui font de « l’information hacking » et qui mettent sous les projecteurs leurs petites affaires.

L’aspect informationnel touche bien entendu les sociétés elles-mêmes, mais aussi leurs actionnaires.

Certains fonds d’investissements commencent à le comprendre : investir de l’argent dans une entreprise présente à la fois des risques financiers (ce qui n’est pas un scoop), mais également des risques éthiques. Investir dans l’armement, par exemple, peut s’avérer très rentable par les temps qui courent, mais force est de convenir que vous ne risquez pas d’améliorer votre Karma.

Investir dans une technologie qui permet la surveillance et la censure d’une population tout entière n’est pas forcément bon non plus, qu’il s’agisse de votre Karma où, dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, de votre portefeuille. La preuve : Bluecoat s’avère être un très mauvais investissement ces derniers temps.

Le cours de bourse de Bluecoat rendra-t-il un semblant de justice au peuple Syrien ? Dans la liste des actionnaires de Bluecoat se trouvent des entreprises qui n’ont strictement aucun intérêt à associer leur image à celle d’une répression sanglante.

Si vous portez un caleçon Calvin Klein, achetez vos vacances chez Expedia, et louez de temps à autre une voiture chez Hertz, sachez que votre argent ainsi dépensé ira en partie financer une boite indirectement responsable de la répression en Syrie. La liste est bien plus longue que cela, vous imaginez bien, mais voilà des entreprises connues à l’international, qui ont dépensé des centaines de millions de dollars pour se forger une image de marque, et qui pourraient se retrouver quelque peu forcées à vendre en urgence leurs actions Bluecoat.Il suffit de leur demander (gentiment, hein, partons du principe qu’il ne s’agit que d’une regrettable erreur d’un directeur financier peu regardant). Les espaces Facebook de ces entreprises sont faits pour cela après tout : communiquer avec eux.A bientôt, pour un prochain épisode d’#OpSyria.

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